
Le roman se composant de 2 tomes, je donne mon avis tout d’abord sur le premier :
Énorme coup de coeur pour ce premier tome et à vrai dire pour le 2ème aussi. Il est difficile de résumer ce roman, tellement il est beaucoup plus étoffé et complexe que la 4ème de couverture veut bien nous faire croire. Pour faire très court, Stingo, apprenti écrivain, rencontre un couple bien particulier : Sophie et Nathan. Il faut dire que cette première rencontre est marquée par beaucoup de violences dans ce couple. Attirée par Sophie, il va alors tendre à être davantage tourné vers Sophie mais peu à peu, ils vont apprendre à se connaître tous les 3 et une véritable amitié va se créer. le couple est à plus d’un titre surprenant : elle, tantôt soumise, tantôt forte, Nathan, tantôt très avenant et tantôt froid comme de la pierre. Leur histoire personnelle à tous les 3 va se confronter par le biais de leur origine, leur enfance, et leur traumatisme.
Beaucoup de thèmes marquants sont abordés : la 2nde guerre mondiale, les marines, l’esclavage, … Tout cela s’entrecroise et l’auteur nous fait prendre de la hauteur sur ces sujets. A bien des égards, j’ai été bousculée et j’ai apprécié le courage qu’il a à avoir réussi à sortir un roman avec ces partis pris : je suis encore surprise que l’auteur ait pu évoquer des sujets aussi sensibles avec tant de singularité. le mal sous toutes ses formes ou presque sont évoqués. A noter que particulièrement dans le 2ème tome, j’ai failli abandonné ma lecture pour une phrase bien particulière : le narrateur se targue d’être inspiré par les romans d’André Gide, et pas seulement sur ses talents d’auteur… Il y a certaine chose qui sont intolérable : j’ai passé ce passage plus que problématique et finit le roman, en tentant de l’oublier.
Ce roman se lit tout seul : Stingo nous raconte à la première personne cet été de 1947 bien des années plus tard. La narration nous immerge dans cette histoire avec ferveur, avec ses sentiments, ses doutes, et aussi sa naïveté de sa jeunesse. L’intrigue est étoffée, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer, bien au contraire. Bien qu’il y ait beaucoup de digressions pour lesquelles j’ai beaucoup de mal habituellement, avec ce roman, l’auteur sait jongler avec plusieurs temporalités et nous guide vers la vérité de ce qu’a enduré Sophie, pendant la 2nde guerre mondiale.
Dans ce tome, l’auteur nous laisse avec un sentiment de soupçon, de questionnement envers Sophie. Il faut avoir le 2ème tome tout de suite, histoire de connaître la suite. Sans ça, j’aurais filé directement en librairie pour l’acheter et le lire tout de suite. le possédant déjà, j’ai entamé le 2ème tome à la suite, comme s’il s’agissait d’un nouveau chapitre. Un réel gros coup de cœur : le genre de roman qu’on termine avec regret, tellement il bouleverse un lecteur.
Et puis le 2ème tome :
Comme pour le premier tome, je réitère ce que j’ai dit précédemment : c’est un énorme coup de coeur. On en apprend encore davantage sur le passé de Sophie avec beaucoup de consternation et de dégoût. Je pensais avoir compris en quoi consistait le « choix » de Sophie. Mais ce n’est que vers la fin du roman qu’on le comprend, si tant est qu’il y ait quelque chose à comprendre. le « choix » est juste horrible, il n’y a pas d’autres mots. Il m’a fallu poser le livre quelques instants, pour me remettre de cette torture, cette inhumanité plus qu’intolérable. J’ai été bousculée à plus d’un titre dans cette lecture, j’ai été happée. Je resterai marquée par cette lecture longtemps. Je ne peux pas en dire plus que ça : je crois que l’essentiel est dit : lisez-le.
Un film a été inspiré par ce roman : Sophie est interprété par Meryl Streep et Stingo par Peter MacNicol, John Cage de la série Ally McBeal pour les connaisseurs. Le film n’est évidemment pas représentatif du roman à plusieurs égards : d’une part, parce que le roman pousse à la réfléxion sur différents sujets et la plume de l’auteur est vraiment agréable. On perd ce côté approfondi dans le film. D’autre part, le personnage de Stingo est largement plus en retrait que dans le roman. Pour moi, il n’est qu’un faire valoir de Sophie, ce qui était l’idée de départ bien sûr, mais l’amour que Stingo a pour Sophie est beaucoup moins mis en avant dans le film que dans le roman. En revanche, John Cage joue bien dans ce film : il est loin du personnage dans la série d’Ally McBeal ou le rôle qu’il avait dans le film avec Mr Bean. D’autre part, l’histoire de Sophie est plus que survolée et le mystère planant sur Sophie est moins prégnant.
Cette comparaison entre le roman et le film est en réalité un peu injuste de ma part car j’ai regardé le film « à chaud » après avoir terminé le roman. J’avais encore ce goût du bon roman en tête, cette claque que j’ai eu en le lisant. C’était mal parti pour que je puisse ressentir la même chose avec le film.
Résumé éditeur
A Brooklyn, en 1947, Stingo, jeune écrivain venu du Sud, rencontre Sophie, jeune catholique polonaise rescapée des camps de la mort. A la relation de la rencontre du jeune homme avec l’amour, se superposent la narration du martyre de Sophie, l’évocation de l’univers concentrationnaire et de l’holocauste nazi. Les deux veines, autobiographique et historique, irriguent en profondeur ce roman et fusionnent en une émouvante parabole sur l’omniprésence du Mal, symbolisé par l’horreur nazie, mais aussi par l’esclavage et le racisme brutal ou larvé de la société américaine, l’intolérance à tous les degrés, la férocité de la lutte de l’homme pour la vie ou la survie la plus élémentaire.

Éditions : Folio/Gallimard
Nombre de pages : 636 pages pour le premier tome et 480 pour le deuxième
Date de publication : 1995 dans cette édition