Camera Obscura de Gwenaëlle Lenoir

Au départ, ce ne sont que 4 corps de plus : des corps d’hommes morts par accident dont un qui est tombé du 6ème étage, un autre mort après blessures à l’arme blanche et objet contendant. Enfin, ça, c’est ce qu’on a dit à ce photographe qui travaille dans cet hôpital militaire. Il prend en photo les morts pour l’État, pour garder une « trace ». Rapidement, il se pose des questions, mais dans le pays où il vit, il ne faut pas se poser de question. C’est dangereux.

Ce matin-là, en prenant ces photos, il sent bien que ces corps ont quelque chose de particulier : son assistant semble tendu, son supérieur le suit de très près et l’accompagne même à la morgue pour le surveiller.

Ce corps, celui qui est mort du 6ème étage va être celui qui va hanter ce photographe et dont il va se souvenir longtemps.

Rapidement, les corps vont se succéder, se multiplier, à tel point que la précaution de ranger ces corps dans des « tiroirs » jusqu’au 4 premiers corps ne va plus être observée : rapidement, les corps vont être alignés par terre, tête-bêche. Et l’horreur s’accumule.

En tant que lectrice, en lisant la 4ème de couverture, j’ai eu une curiosité mal placée. L’autrice nous « préserve » en ne nous détaillant pas ce que voit le photographe. Malgré tout, les seuls éléments qui nous sont donnés sont absolument atroces. le lecteur est un peu laissé à sa propre imagination en essayant de combler ce que l’on ne voit pas. Personnellement, je n’ai pas eu envie d’en savoir plus parce que c’était déjà assez horrible comme ça. D’ailleurs, au fur et à mesure de la lecture, on a des descriptions rapides mais de plus en plus glauques. le livre est court mais il faut s’accrocher pour continuer. J’ai entrecoupé ma lecture en plusieurs fois d’ailleurs.

L’autrice ne nous dit pas dans quel pays nous sommes mais on se fait une petite idée quand même. La pression constante que vit notre photographe est angoissante. On est comme dans un huis-clos, où le photographe s’interdit de réagir face à l’horreur, de donner ne serait-ce qu’un début d’opinion, se pose des questions sur son entourage jusqu’à son concierge qui commence à le regarder bizarrement. le narrateur devient comme paranoïaque : que penser des regards suspicieux, des non-dits, les manifestations envers le pouvoir.

C’est le genre de roman que l’on n’oublie pas. L’angoisse du narrateur est contagieuse en tournant les pages. Comme je l’indiquais plus haut, la lecture est longue, voire très longue, en découvrant cet univers angoissant et atroce. A découvrir mais en étant averti.

Résumé éditeur

Un matin, un photographe militaire voit arriver, à l’hôpital où il travaille, quatre corps torturés. Puis d’autres, et d’autres encore. Au fil des clichés réglementaires qu’il est chargé de prendre, il observe, caché derrière son appareil photo, son pays s’abîmer dans la terreur. Peu à peu, lui qui n’a jamais remis en cause l’ordre établi se pose des questions. Mais se poser des questions, ce n’est pas prudent.
Avec une justesse troublante, ce roman raconte le cheminement saisissant d’un homme qui ose tourner le dos à son éducation et au régime qui a façonné sa vie. De sa discrétion, presque lâche, à sa colère et à son courage insensé, il dit comment il parvient à vaincre la folie qui le menace et à se dresser contre la barbarie.

Éditions : Julliard

Nombre de pages : 224 pages

Date de publication : 4 janvier 2024


6 réflexions sur “Camera Obscura de Gwenaëlle Lenoir

  1. En temps que lecteur, nous sommes préservés, c’est vrai, et heureusement ! Néanmoins, la description de cette emprise gouvernementale, obligeant même les enfants à répéter des slogans pro-régime, m’a étonnée, je n’ avais pas vraiment conscience de cette emprise de la propagande et de la cruauté d’un tel régime ! Un écrit nécessaire !

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    1. Oui c’est très « immersif » et c’est effrayant. On ne mesure pas ce qu’il se passe là bas. D’ailleurs, l’autrice « charge » l’Europe sur son aveuglement sur ce qu’il se passe et sur la façon très naïve de vouloir déculpabiliser là dessus en fournissant des ordinateurs par exemple. 🙂

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      1. En fait, c’est l’autrice qui l’imagine. Pour se moquer de nous européens, qui cherchons un peu à se « débarrasser » de ce fardeau, pour ne pas avoir à intervenir directement dans la politique interne du pays. 😉

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